hommes alliés : sortez du bois
Pendant une conférence “Alliés, sortez du bois”, organisée par Curiosity
En 2014, à la tribune des Nations Unies, l'actrice et ambassadrice Emma Watson lançait un appel devenu célèbre : “Messieurs, l'égalité des sexes est aussi votre problème.”
Plus de dix ans plus tard, cette phrase conserve toute sa pertinence.
Car malgré les progrès réalisés, l'égalité professionnelle continue encore trop souvent d'être considérée comme un sujet de femmes. Les conférences sont majoritairement suivies par des femmes. Les réseaux internes sont souvent animés par des femmes. Les prises de parole sur le sujet sont fréquemment portées par des femmes.
Comme si l'égalité concernait avant tout celles qui subissent les inégalités. Pourtant, l'égalité professionnelle est un enjeu collectif. Et à ce titre, elle concerne l'ensemble des collaborateurs, quels que soient leur genre, leur âge ou leur fonction.
Qui sont les alliés ?
Les sciences sociales utilisent le terme d'allié pour désigner les personnes qui soutiennent activement un groupe dont elles ne font pas partie.
Dans le champ de l'égalité professionnelle, les alliés sont ces hommes qui choisissent de s'engager aux côtés des femmes pour faire évoluer les organisations et réduire les mécanismes de discrimination.
Cette définition est importante, car être allié ne consiste pas à parler à la place des femmes, ni à devenir expert de tous les sujets liés au genre. Être allié consiste avant tout à reconnaître qu'un problème existe et à considérer qu'il mérite d'être traité collectivement.
Pourquoi les hommes sont-ils indispensables ?
Une partie des leviers de transformation se situe encore dans des espaces majoritairement masculins.
Comités de direction, fonctions de pouvoir, réseaux d'influence, sphères décisionnelles : malgré les progrès, les hommes y demeurent souvent largement représentés. Imaginer que l'égalité puisse progresser sans leur implication reviendrait à se priver d'une partie des acteurs capables de faire évoluer les règles du jeu.
Mais la question ne se limite pas au pouvoir formel : au quotidien, les normes culturelles se construisent également à travers des milliers de comportements ordinaires : qui prend la parole ? Qui est interrompu ? Qui est recommandé pour une promotion ? Qui est invité à rejoindre un projet stratégique ?
Autant de situations dans lesquelles chacun peut contribuer à faire évoluer les pratiques.
L'allié parfait n'existe pas
C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles certains hommes hésitent à s'engager : la peur de mal faire, la peur de se tromper, la peur d'être maladroit ou de ne pas trouver les bons mots.
Or l'alliance n'est pas un statut que l'on obtient une fois pour toutes, c’est une démarche. Elle repose davantage sur l'écoute, l'ouverture et la volonté d'apprendre que sur la perfection.
Les meilleurs alliés ne sont pas nécessairement ceux qui maîtrisent tous les concepts. Ce sont souvent ceux qui acceptent de questionner leurs certitudes, de prêter attention à des réalités différentes des leurs et d'agir lorsque cela est nécessaire.
Et les femmes dans tout ça ?
La question des alliés ne doit pas faire oublier un autre enjeu fondamental : permettre aux femmes de développer pleinement leur confiance, leur influence et leur ambition.
Car l'égalité ne se résume pas à la mobilisation des hommes. Elle suppose également de créer les conditions permettant aux femmes de prendre leur place, d'accéder aux responsabilités, de développer leur réseau, de renforcer leur visibilité et d'exercer un leadership qui leur ressemble. Ces deux dimensions ne s'opposent pas, elles se renforcent mutuellement.
Plus les femmes disposent d'espaces pour se développer et plus les hommes s'engagent dans la transformation des organisations, plus les conditions d'une égalité durable sont réunies.
Sortir du bois
Pendant longtemps, les hommes engagés en faveur de l'égalité sont restés relativement discrets, par pudeur, par prudence, par crainte parfois d'être perçus comme illégitimes.
Pourtant, les entreprises ont aujourd'hui besoin de modèles visibles, elles ont besoin de dirigeants qui portent le sujet, de managers qui s'engagent, de collègues qui contribuent à faire évoluer les pratiques. L'égalité professionnelle ne progressera ni contre les hommes ni sans eux.
La véritable question n'est donc peut-être plus de savoir si les hommes ont un rôle à jouer, mais comment leur permettre de l'exercer pleinement.