Changer l'image du pouvoir

Raphaëlle Giovannetti, DRH Safran Electronics & Defense et Karen Zachayus, DRH Adidas France pendant une table ronde sur l’image du pouvoir lors de l’événement Hot Topics organisé par Curiosity en 2024

Lorsque l'on parle d'égalité professionnelle, les solutions proposées sont souvent les mêmes : accompagner les femmes, développer leur confiance, renforcer leur visibilité, les former au leadership ou à la prise de parole.

Ces leviers sont essentiels, mais ils reposent souvent sur une hypothèse implicite : le problème viendrait principalement d'un manque d'ambition, d'audace ou de préparation des femmes.

Et si nous regardions le sujet sous un autre angle ? Et si une partie du problème venait également de l'image que nous donnons du pouvoir lui-même ?

Qui a envie de devenir cette personne ?

Fermez les yeux quelques secondes et imaginez une personne puissante. Que voyez-vous ?

Pour beaucoup d'entre nous, les images qui surgissent sont étonnamment similaires : une personne toujours disponible, constamment sous pression, qui travaille sans relâche, contrôle ses émotions, décide seule et porte sur ses épaules l'ensemble des responsabilités. Souvent, cette figure est encore masculine, mais au-delà du genre, ce qui frappe surtout, c'est son manque d'attractivité.

Car cette représentation du pouvoir ne donne pas forcément envie, elle évoque davantage le sacrifice que l'épanouissement. L'isolement plus que la coopération. La performance permanente plus que l'équilibre.

Dans ces conditions, faut-il vraiment s'étonner que certaines personnes ne souhaitent pas accéder aux plus hautes responsabilités ?

Le problème n'est peut-être pas l'ambition

Pendant longtemps, les débats sur la mixité des instances dirigeantes se sont concentrés sur les femmes : pourquoi n'osent-elles pas davantage ? Pourquoi ne se portent-elles pas candidates ? Pourquoi ne négocient-elles pas plus souvent ?

Ces questions ont leur importance, mais elles ne suffisent évidemment pas car elles déplacent la responsabilité vers celles qui ne souhaitent pas rejoindre un système sans toujours interroger ce système lui-même.

Et si certaines femmes ne se projetaient pas dans les postes de pouvoir parce qu'elles n'avaient tout simplement pas envie d'incarner ce qu'elles y voient ? Et si le sujet n'était pas seulement d'aider davantage de femmes à accéder au pouvoir, mais de transformer notre manière de l'exercer et de le représenter ?

Un enjeu qui dépasse largement les femmes

Ce sujet ne concerne d'ailleurs pas uniquement les femmes.

Les nouvelles générations interrogent elles aussi les modèles traditionnels de réussite professionnelle. La quête de sens, l'équilibre de vie, l'authenticité, la santé mentale ou encore la qualité des relations humaines occupent désormais une place croissante dans les aspirations professionnelles.

Le modèle du dirigeant héroïque, omniscient et disponible en permanence semble de moins en moins désirable, ce qui est en jeu aujourd'hui dépasse donc la seule question de la mixité. C'est la définition même du pouvoir qui est en train d'évoluer.

Le pouvoir a besoin de nouveaux visages

Les organisations ont longtemps valorisé certains attributs : l'autorité, la maîtrise, la compétition ou encore la capacité à ne jamais montrer ses failles.

Pourtant, les crises successives ont également mis en lumière d'autres qualités : l'écoute, l'empathie, la capacité à mobiliser, à créer de la confiance ou à faire grandir les équipes. Non pas parce qu'elles seraient féminines, mais parce qu'elles sont devenues essentielles.

Le défi n'est donc pas de féminiser le pouvoir, le défi est plutôt de l'humaniser.

Le rôle des dirigeants

C'est ici que la responsabilité des dirigeants devient centrale, car l'image du pouvoir ne se construit pas dans les discours, elle se construit dans les comportements observés au quotidien.

Lorsque des dirigeants montrent qu'il est possible d'exercer des responsabilités importantes tout en restant accessibles, authentiques ou attentifs aux autres, ils élargissent le champ des possibles, ils permettent à davantage de personnes de se projeter.

À l'inverse, lorsque le pouvoir continue à apparaître comme un espace réservé à celles et ceux prêts à sacrifier une partie d'eux-mêmes, il se prive naturellement d'une partie des talents.

Changer l'image du pouvoir

La question est donc de savoir quelle image du pouvoir sommes-nous en train de transmettre ? Qui donne-t-elle envie de devenir ? Et surtout : qui exclut-elle encore sans même que nous nous en rendions compte ?

Car si nous voulons des organisations plus mixtes, plus inclusives et plus représentatives, il faudra sans doute commencer par transformer ce qui précède l'ambition : le désir même d'accéder au pouvoir, et pour cela, il faut d'abord en changer l'image.

Changer l'image du pouvoir, c'est aussi permettre à davantage de femmes de s'y projeter. Chez Curiosity, nous accompagnons les organisations à travers notre programme Leadership, conçu pour aider les femmes à développer leur confiance, leur influence et leur propre style de leadership, sans avoir à se conformer à un modèle préexistant.

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