inégalités de genre : les obsessions de la recherche

Pour tenter d'apercevoir le futur de l'égalité professionnelle, nous ne pouvions pas faire l'impasse sur celles et ceux qui consacrent leur temps à l'étudier.

Car la recherche a souvent plusieurs années d'avance sur le débat public. Les sujets qui occupent aujourd'hui les chercheurs deviennent parfois, quelques années plus tard, les préoccupations des entreprises, des pouvoirs publics ou des médias.

Nous avons donc échangé avec Quentin Lippmann, enseignant-chercheur en économie à Aix-Marseille Université, pour comprendre quelles questions agitent actuellement le monde de la recherche autour du genre et de l'égalité professionnelle.

Deux sujets ont particulièrement retenu notre attention.

La congruence des rôles : pourquoi les femmes au pouvoir sont-elles jugées différemment ?

Derrière ce terme un peu technique se cache une théorie aussi simple que fascinante.

Chaque individu est associé à des attentes liées à son genre et à son statut social. Or ces attentes ne sont pas toujours compatibles.

Les stéréotypes traditionnellement associés aux femmes valorisent par exemple la douceur, l'écoute ou l'empathie. À l'inverse, les postes de pouvoir restent souvent associés à l'autorité, à l'affirmation de soi ou à la capacité à prendre des décisions difficiles.

Lorsqu'une femme accède à une fonction de direction, elle peut ainsi se retrouver confrontée à une forme de contradiction.

Si elle adopte un style de leadership chaleureux et collaboratif, elle risque d'être perçue comme moins légitime ou moins compétente. Si elle adopte un style plus directif, elle peut être jugée sévèrement pour avoir enfreint les attentes traditionnellement associées à la féminité.

Autrement dit, elle évolue dans une forme de double contrainte où chaque comportement peut donner lieu à une critique.

Les hommes, eux, bénéficient généralement d'une plus grande cohérence entre les stéréotypes associés à leur genre et ceux associés aux fonctions de pouvoir. Ils disposent ainsi d'une plus grande liberté dans l'expression de leurs émotions ou de leur style de leadership, sans que leur légitimité soit systématiquement remise en question.

Cette théorie continue aujourd'hui d'alimenter de nombreux travaux de recherche et permet d'éclairer certaines difficultés persistantes rencontrées par les femmes dirigeantes, même lorsque les barrières formelles à leur accès au pouvoir semblent avoir reculé.

Loi Rixain : que se passe-t-il lorsque les quotas deviennent réalité ?

L'autre sujet qui mobilise fortement les chercheurs concerne les effets de la loi Rixain.

À partir de 2027, les grandes entreprises devront atteindre un seuil de 30 % de femmes parmi les cadres dirigeants et les membres des instances dirigeantes. Une étape majeure pour l'égalité professionnelle en France.

Contrairement à la loi Copé-Zimmermann, qui concernait les conseils d'administration, la loi Rixain touche directement les lieux où s'exerce le pouvoir opérationnel. Pour de nombreux chercheurs, son potentiel de transformation pourrait donc être plus important.

Mais comment les entreprises vont-elles concrètement s'adapter ?

Les femmes accéderont-elles à des postes stratégiques ou assistera-t-on à une recomposition plus cosmétique des instances dirigeantes ? Les entreprises investiront-elles davantage dans les viviers de talents féminins ? Les carrières des femmes s'accéléreront-elles réellement ? Les modèles de leadership évolueront-ils ?

Pour l'instant, personne ne dispose des réponses, c'est précisément ce qui rend le sujet passionnant.

Les prochaines années constitueront un véritable laboratoire à ciel ouvert pour comprendre comment les organisations réagissent lorsque l'égalité devient non plus une ambition, mais une obligation.

Pourquoi regarder du côté de la recherche ?

Parce que les chercheurs ont une capacité rare : celle de poser les questions avant tout le monde.

Ils observent les transformations à l'œuvre, identifient les phénomènes émergents et documentent les mécanismes invisibles qui façonnent encore les trajectoires professionnelles.

À l'heure où les entreprises cherchent à anticiper plutôt qu'à subir les évolutions sociales, leurs travaux constituent une source précieuse de réflexion, de recul et parfois même d'inspiration.

Après tout, les sujets qui feront les débats de demain sont souvent déjà dans les laboratoires d'aujourd'hui.

Les chercheurs ont cette capacité rare à prendre de la hauteur, à questionner les évidences et à ouvrir de nouvelles perspectives. Nous organisons régulièrement des conférences avec Quentin Lippmann et d'autres chercheurs et chercheuses pour permettre aux organisations de nourrir leurs réflexions grâce aux travaux les plus récents sur l'égalité professionnelle, le leadership et les transformations du travail.

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